dimanche 9 février 2014

Décombres


Où se niche notre âme en ces ruines de chair
Quand notre esprit divague et que les êtres chers
Ne peuvent plus nous suivre en ces derniers décombres
D’où la vie se retire quand se lèvent les ombres ?

Banal décorum de nos drames intimes
O quotidien benêt qui continue le mime
D’actions vides de sens, de petits rituels,
Nous te suivons sans voir cet abîme éternel.

Nous te suivons boiteux et voilà que soudain
L’un de nous sort du cours des sages lendemains…
Où s’en est-il allé, loin des yeux près du cœur,
Absent jour après jour, pesant et incertain ?

Son visage s’anime au fond de nos pensées,
Quand de ce qu’il était plus rien ne nous demeure
Nous entendons sa voix par delà les années
Quand depuis bien longtemps sonna sa dernière heure.

Elle fait partie de nous, nous lui parlons encore,
La triste poussière qui n’a plus de réponse,
Elle s’attache à nous comme la vive ronce
Aux fruits suaves et noirs dont les rameaux déplorent
La fin de l’été d’or en son linceul couché,
Le chrysanthème offert de novembre annoncé.


jeudi 30 janvier 2014

Le cimetière de Cavillargues




Les oiseaux tintant au matin,

Le clocher sous son chapeau gris,

Je m’en vais promenant les chiens

Sous les nuages épanouis


Et mes pas me conduisent ici

Devant ce portail entrouvert

Où le soleil passe à travers

De ces branchages pleins de nuit.


Des anges vont déambulant

Très haut sur les crêtes dorées

Des nuées tout juste levées

Qui glissent au revers du temps


Du temps qui déjà m’est compté

A petits pas, petits matins,

Petits bonheurs et vieux chagrins,

Sur le bord de l’éternité.


Vertige des années passées

Ou sont-elles donc toutes parties

Si vite me laissant esseulée

Aux confins plats de cette vie.


D’ici l’on voit déjà la mer

Sans fin, sans fond et sans ténèbres

Ou la houle apporte et célèbre

La venue de ce bateau clair.

jeudi 13 juin 2013

Bilan




Je fus belle autrefois et n’en ai point usé

J’ai traversé la vie sans jamais m’arrêter

Etrangère et nomade, et n’ayant pour richesse

Que mon cœur épanché qui perdait ses largesses.


Tout l’or de mes talents, je ne sus le placer

Comme un enfant jouant sans en savoir le prix,

Ne sachant qu’en faire, ni sur lequel miser,

Je vais vers le Seigneur sans avoir rien appris.


Je poussais ça et là comme la fleur des champs

Vivace et fantasque, sous le soleil ardent,

En quête des nuées toujours renouvelées

Que bousculait le vent dans sa course hébétée.


Mais c’est peut-être ainsi qu’à force j’ai suivi

Le fil de l’or secret dans la trame des jours,

Qui composait pour moi la face de Celui

Dont je cherchais la trace au gré du temps qui court.


Tout au fond de mon âme il se tenait patient

Comme la braise rouge au fond du foyer noir

Attendant d’éclairer du feu blanc de l’espoir

Le chemin qu’il ouvrait sous mes pas hésitants.


Laurence Guillon 2013




Passager clandestin




Mon pauvre vieux chat roux

Comme un mari jaloux

Guette mon oreiller

Quand je vais me coucher.


Difforme et décharné,

Mais toujours passionné,

Il s’éteint sans recours

Un peu plus chaque jour.


Je le vois et ne puis

Retenir mon ami

Je ne puis que veiller

Sur son dernier été.


Mon pauvre vieux copain

Si tendre et si câlin

Je t’emporte en mon cœur

Avec tous mes bonheurs.


Passager clandestin

De mon dernier voyage

Mon amoureux félin

Fait partie des bagages.


Laurence Guillon 2013

mardi 28 mai 2013

Tempête en décembre

Sur la route de Iaroslavl acrylique de l'auteur


Tornade de neige, livide, véhémente,

 Titubante et penchée dans tes lourds drapés d’ombre,

Torse et gigantesque écroulement,

Vapeur ascendante et glaciale,

De quel grand corps céleste es-tu l’épiphanie ?


Roche d’air suspendue dans l’air gris qui bascule

O traîtres degrés blancs qui butent dans la nuit,

Etrange construction des glaces somnambules

Qu’érige un vent d’hiver, machinal et transi.


Je te voyais passer sur les forêts figées

Et je t’aurais suivie, je me serais perdue

Dans tes plis erratiques et dans tes fulgurances,

Sans plus de pesanteur ni  plus de consistance,

Un regard …

Nu, grand ouvert, absorbant, un abîme.

Et sur la route, les phares.


Et ce jour-là

D’un bout à l’autre du soir

Cet arc orange sur le trajet des phares,

D’un bout à l’autre du soir, ce corps noir et tordu,

D’un nuage effondré, la face colossale

Suspendue sur les champs,

Aveugle,

Face de roc et d’encre,

De chocs, de cendre

Sourdes traînées

Brunes et bleues.


Et les phares.

 Les phares réguliers

Sous la très haute nuit

Qui brassait les flocons dans le lait des étoiles.
Pierrelatte 2013

lundi 11 février 2013

Ultime répit





Quand le brûlant été s’épuise en braises d’or
Que brassent les nuées au faite des branchages,
Et que le vent léger se lève après l’orage,
Qu’il fait bon s’attarder avant d’entrer au port.

Qu’il est bon de rêver aux confins  de l’hiver
Dans les suaves vapeurs des jours encore cléments
Et de s’abandonner au charme des instants
Qui s’étirent en baillant au long des matins clairs.

Qu’il est bon d’embrasser au déclin de son âge,
Cet enfant que l’on fut et qu’on n’a pas trahi,
Et dans un sûr esquif,  de le lancer au large,

Pour le laisser partir vers ce nouveau pays.

mardi 29 janvier 2013

Regard en arrière


Rossignolets épars dans ce gris ciel de mai

Fluides dentelles d’or sur les champs assourdis

Où se prennent légers les souffles endormis

De ce soir retenu que traversent muets

D’un orage lointain les éclairs égarés,

Ne chanterez-vous point tous ces destins enfuis

Dont le souffle en les murs de notre mas meurtri

Bat encore et soupire et cherchant notre cœur,

Diffuse en l’air humide l’encens de ses odeurs ?

A pas lents je refais les chemins familiers,

Depuis le peuplier que les Belge a coupé,

Je les brode et les croise sans pouvoir les unir,

Autour de ce passé qui n’a plus d’avenir,

Je longe la piscine qui blesse le parterre,

Sous les cyprès géants que dévore le lierre,

Et mes pas me ramènent là où notre amandier

Autrefois se dressait, jeune et chargé de fruits.

Et j’écoute aux abois le fracas du tonnerre

Bouleverser la douceur du silence étonné.

Sous la bénédiction de cette pluie pensive,

Je m’en vais à présent, mystérieux oiselets,

Car encore quelques temps il faut bien que je vive

Oubliant le passé dans cette heure éternelle

Qu’à mon cœur captivé sonnent vos chants secrets

Et que mon âme enfin puisse étirer ses ailes

Et prendre son envol, à jamais libérée.