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mercredi 26 septembre 2012

Lune de mai


 
Autour du cerisier la rosace d’argent

Des feux blancs de la lune au ciel miroitant,

Grelotte et se déplace aux mains du vent agile

Et dans son souffle lent tout doucement défilent

De très légers pétales qui tombent en dansant.

Aux reflets des étoiles sur l’eau du ciel fuyant

Glissent les suaves trilles de cet oiseau secret

Qui chante son amour dedans la nuit de mai.

 

Les étoiles lointaines semblent peu se soucier

De ce qu’ici perdue je vive ou je trépasse

Mais elles sont dans la nuit seules à me consoler

De ce qui maintenant me chagrine et m’angoisse.

Et la lune glacée tend son miroir luisant

A ce qui peu à peu décompose ma face,

Et l'éclaire du sourire paisible de l’enfant

Qui déchiffrait jadis sa blafarde surface.

 

Pierrelatte 2012

lundi 24 septembre 2012

Ballade égarée

Dans la plaine de Pierrelatte photo de l'auteur
























Voici venir la fin de sa vie, de la mienne,
De tout ce qui chantait, ici bas dans la plaine,
Autour de ce grand mas que nous avons vendu
Et que je vois de loin, solitaire et perdu,
Tel un navire hagard dont s’est brisé le mât
Braver le vent d’hiver et ses milliers de voix
Qui crient à mes oreilles et qui crient par ma bouche
Qu’elle s’en va très bientôt là où les morts se couchent.
 J’avance en trébuchant dans le jour bousculé
Par le furieux mistral qui se déchaîne et passe
 Je crie et je hurle aux échos écharpés
Des ombres rapides glissant à sa surface.

Alentour rugissent de grands lions d’air froid
Qui rôdent bondissant et  chassant ça et là.
Près de moi mugissent de grands taureaux d’air bleu
Qu’entraîne vers le sud la chevauchée des cieux.

D’un chêne écartelé fusent des oiseaux noirs
Sur le cours des nuées jetant leur vol épars
Dans mes yeux l’air glacé comme un glaive tranchant
Lance de longs éclairs jusqu’à mon cœur battant.

A mes côtés la mort marche de son pas lourd
Comme un cheval lâché sur les plis des labours
Dont le sabot fatal en claquant sur la terre
Dérobe au vaste ciel l’azur et la lumière.

O ma si brève vie dont elle fut le berceau
Voici qu’en ton déclin tu la suis au tombeau
Qu’est-il donc advenu des espoirs et des rêves
Des chimères de gloire et d’amour, de bonheur,
Seule dans la soie du monde et sa lisse splendeur
Que n’as-tu donc mûri comme le pain qui lève
La semence éternelle en la morne douleur?


Pierrelatte 2012

Carpe diem




Comme des algues dans la mer

Brassent les parfums du printemps

Les feuilles au fil mouvant de l’air

Dans les suaves liqueurs du vent.


Que Dieu prolonge ce moment

Qui va d’hier jusqu’à demain

Quand l’heure d’azur au ciel planant

N’a plus ni passé ni présent

Qui pût nous tourmenter en vain.


Quand le chemin fait un détour 

Où fleurit le bonheur sauvage

Que nous cache l’ennui des jours

Si pressés de fermer la cage

Des mois puis des ans bien trop courts

Où nous prenons vite de l’âge

Et perdons la vie pour toujours

Sans boire à la source d’amour.

Fin d'été


Chuchotements, murmures, soieries,

De la brise légère qui danse,

Qui vient, furtive, après midi

Souffler la bougie des vacances.

 

Le soleil d’or a des langueurs

De fruit trop lourd et trop mûri,

Sa lumière étend des vapeurs,

Sur ses longs rayons assoupis.

 

Viendront bientôt de douces pluies

Nous faire oublier ses ardeurs

Emailler les herbes jaunies

De feuilles tombées et de fleurs.

 

Dernières fleurs, dernières années,

Avec quelle mélancolie

L’enfant prend congé de l’été,

L’ancien dit adieu à la vie.

 

II

C’est fin d’été

Mûr et doré

Un vent flâneur

Nous vient d’ailleurs,

De par delà l’éternité,

Bercer mon cœur

Avec douceur.

Car d’exister

Il est comblé

Pour très longtemps

De part en part.

De la grève se détachant

Mon bateau part.

 Bateau très blanc

Dessus la mer

Où t’en vas-tu

Sur les flots verts ?

Que verras-tu

Dedans ce port

Qu’est notre mort ?

Anges d’argent

Sur la mer grise

Menez-moi dans

La belle église

Qu’étant enfant

M’était promise,

Menez-moi là bas sûrement

En embarquant

 Tous mes parents

Qu’au bout du temps

Me soient remises

Les fautes et toutes les bêtises

Que j’ai commises,

En vieillissant

Au fil des ans.

 

Pierrelatte 2010

 
 

Ouverture de la chasse



S’en allant défilant les longs cyprès sévères

Psalmodient au vent bleu leur plain-chant séculaire.

Rugissent les moteurs au loin de ces gens-là

Qui jamais ne s’arrêtent pour écouter leur voix,

Qui tirent dans les champs les oiseaux affolés,

S’en vont partout braillant, tuant et profanant,

Avec de grosses mains, avec de grands pieds,

Des yeux morts et sournois et des ricanements.

 

Ils pensent avec leur sexe, ils pensent avec leur ventre,

Et traversent la vie sans jamais la goûter,

Sans jamais en chercher le sens ni le centre,

Rapides et goulus, brutaux et éphémères,

Ne respectant aucun de ses plus saints secrets.

Et c’est en vain qu’au loin les grands cyprès sévères

Au pied des longs  vitraux du vaste ciel doré

S’en vont en psalmodiant leur plain-chant séculaire.

 

Pierrelatte,  septembre 2012