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mardi 24 avril 2012

Filet d'eau dans le vide









Qu’est-il donc advenu du lointain ruisselet
Le long duquel jadis j’allais me promener
Des jaunes pissenlits dedans le tendre pré
Où son long corps glissant coulait en murmurant
Sous la voûte écharpée des peupliers d’argent ?
De ces nuages blancs comme des agnelets
Qui dans l’azur profond couraient et gambadaient
Et du vent qui passait dans mes cheveux d’enfant,
Dans la jupe à carreaux de ma jeune maman ?

Celle-là qui m’ouvrait le chemin de la vie
Me précède à présent sur celui de la mort.
Le fil qui toutes deux à jamais nous relie
Ne pourra retenir son pâle esquif au port
D’où nous appareillons  sur l’éternelle mer
Dans la brume roulant ses vagues séculaires.
Laissée sur la grève pour quelques temps encor
En attendant mon tour, que deviendrai-je alors ?
Ne me resteront plus que des souvenirs clairs
Et de tendres regrets et de cuisants remords.
Que n’ai-je restitué cet amour bien trop grand
Qu’elle nous dispensa, sans compter, si longtemps ?
Que n’ai-je réchauffé dans son esprit détruit
Son  âme qui craignait la tombée de la nuit ?
Que n’ai-je su chasser les démons embusqués
Derrière ses visions, ses absurdes terreurs ?
Que n’ai-je réprimé les sursauts révoltés
De cet amour de soi qui nous rend si rageurs
Devant nos vieux parents retombés en enfance
Et venus gâcher là  nos dernières années
Avec le poids ingrat de leur triste existence ?

Et pourtant cette croix, il fallait la porter,
Sans faillir avec foi et toute la patience
Que l’Amour absolu mit à nous rédimer.
Hélas, je ne le puis et devant ma faiblesse,
A ta compassion, mon Dieu, je m’en remets,
Je te confie mon âme et la sienne sans cesse,
Quand mon irritation fait place à la tristesse
De nous voir ici-bas séparées désormais
Par les masques divers que revêt sa démence.


Pierrelatte 2012




Renouveau

Cent mariées sur cet arbre offrent leurs bouquets blancs
A l’azur chahuté par le léger printemps,
Attendant épanouies les fiancés bourdonnants
Qui viennent butiner leurs jupons odorants.

A son ombre en dansant ouvrent grands leurs yeux bleus
Des fleurs nouvelettes encore mal éveillées,
En foules ébahies elles se pressent au pied
Du tronc noir crevassé, aux replis tortueux.

 O doux printemps solaire, que d’azur ébloui
Tend le beau ciel nouveau sous les nuées dansantes
Qui bondissent là bas, ainsi que des cabris,
Par dessus la colline étendue, languissante.

Sur la basse du vent qui bourdonne, obstinée,
Les variations flûtées des oiseaux étourdis
Jouent d’anciennes danses à présent oubliées
Pour les anges volant aux prés du paradis.

Pierrelatte avril 2011













jeudi 12 avril 2012

Semaine sainte


 
 
 
 
 


Et voici que déjà l’on porte vendredi

Au son voilé des cloches notre Christ au tombeau

Et qu’aux mains des fidèles chaque flammèche luit,

Tremblante étoile d’or aux tréfonds d’un caveau,

Sombre comme l’enfer, béant et désolé,

Comme l’espace ouvert du néant incréé.



Voici que surgissant la lumière de la Croix

Traverse verticale la mer de nos destins

La nuit de nos temps durs et la chair de nos cœurs,

Depuis le fond lointain percé de haut en bas,

Du soleil à la lune ouvrant tout grand les bras,

En un moment de feu brûle tous nos chagrins.



Voici que dans le soir, mauve, doux et sonore,

Sous le brocart d’argent des nuées de velours

L’on devine les ors et la pourpre du jour,

De la très sainte Pâques qui nous revient encore,

Si grave et flamboyante, nous rappeler toujours,

L’inconcevable instant qui vit mourir la mort.



Pâques 2011, Moscou