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lundi 19 décembre 2011

Action de grâce



Je te rends grâce pour le vent qui passe,
Pour le soleil levé, comme un grand pain céleste,
Que dans ses rouges draps le bénissant d’un geste,
Le blond matin dérobe à la nuit brune et lasse.

Je te rends grâce pour les oiseaux blancs
Dérivant et criant dans les longs courants d’air
Que déplacent en jouant les souffles du printemps
Sur  la houle douce des champs vastes et verts.

Je te rends grâce pour l’ange d’automne
Déployant en silence sur les eaux monotones
L’arche lumineuse de ses ailes croisées
Sous les boucles jaunies de sa tête penchée.

Je te rends grâce pour les nuées au galop,
Que  cingle le mistral dans la nuit froide et vide
Poussant dans les étoiles ses cris et ses sanglots
Sans toucher la lune, si haute et impavide.

Je te rends grâce pour le soir tombé,
Les animaux blottis, les amis assemblés,
Cet instant de répit sur le chemin de croix
Que je pris en naissant pour m’en aller vers Toi.


Pierrelatte   2011-12-20

mardi 13 décembre 2011

Médéri

à la mémoire de mon beau-père, Pierre (Médéric) Fargier



Vieux paysan dedans ton champ

Tes racines plongeaient dans le temps

Tes racines plongeaient dans le temps,

Dans l’bon vieux temps d’tes grands parents

Dans l’plus profond d’la nuit des temps

Sur l’vaste océan d’nos aïeux

Te vl’a embarqué notre vieux

Avec l’élan du vent furieux

Qui passe et repasse sous nos cieux

Dans les rangs des peupliers bleus.



T’étais d’ton temps qui est hors du temps

T’étais d’ton temps et pas du leur

T’étais pas du temps des mutants

Tu prenais l’temps d’avoir du cœur

D’avoir du cœur et de l’honneur.



Dans la nuit l’eau t’a emporté

L’eau folle du Rhône déchaîné

Du Rhône que t’avais tant aimé

Que t’avais souvent contemplé

Et qu’ces gens-là croyaient dompté



T’étais mécréant, Médéri,

Mais je sais bien que Jésus Christ

Qu’a pris tant d’bonnes gens d’not’pays

T’aura pas laissé dans la nuit

Et des deux mains t’aura béni.


vendredi 9 décembre 2011

La chèvre des voisins


Leur maisonnette bien tenue

Se cachait derrière les feuillages

Qui couraient le long de la rue

Jusqu’à la sortie du village



Dès l’aube dans leur potager,

Sourds et muets et même aveugles,

Ils venaient déjà s’affairer

Et se pencher sur la terre meuble.



Puis ils menaient la chèvre au pré

Et la laissaient parmi les fleurs

Qui brodaient de tendres couleurs

Les grands plis verts de ses drapés.



Le vent du midi somnolent,

Jusqu’aux longues forêts couchées

Traînait ce riche vêtement,

Sous la dérive des nuées.



Glissant très haut dans le ciel clair,

Toutes voiles blanches carguées,

Elles voguaient à la mi-journée,

Comme des bateaux dessus la mer.



Puis quand  paraissait le croissant,

 Le vieux s’en venait la chercher,

Elle le suivait humblement,

Petite reine des beaux étés.



Quand mourut la vieille le bonhomme

Donna la chèvre à un voisin

Puis s’en alla mourir en somme

Sans se soucier de son destin.



Sans elle le pré n’a plus de centre,

Et la maison n’a plus de cœur.

Et c’est en vain que dans son antre,

Le soleil joue avec les fleurs