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mercredi 25 mai 2011

La balançoire

Sur un ciel tacheté de lumière et d’azur,


Les fleurs de cerisier, blanches et rayonnantes,

Le ballet bourdonnant des abeilles dansantes

Font chanter en mon cœur le souvenir très pur

D’un autre cerisier, dans un autre jardin,

Dont je voyais enfant la robe endimanchée

Eclatante et brodée, dans le petit matin,

Tanguer à ma rencontre au milieu des nuées.



Dans les souffles du vent grinçait la balançoire,

Pendule me poussant ça et là, régulier,

Devant l’énorme vie, comment pouvais-je croire,

Que son lent mouvement si vite me portait,

Jusqu’à ce moment-ci, où vieille et fatiguée,

Couchée dans le hamac, sous le blanc cerisier,

Je regarde mes jours depuis l’autre côté.



Et tout comme autrefois, les cloches vont sonnant,

Et tout comme autrefois, les oiseaux vont chantant,

Et tout comme autrefois, le printemps va musant,

Mais aujourd’hui la vie ne s’ouvre plus devant

Mes yeux qui voient venir les gouffres du couchant.



Avril 2011

Inséparables



On voit encore combien ils furent autrefois beaux

Elle et lui, parvenus aux confins de leurs jours,

Tendres, inséparables et séparés bientôt,

Avant d’être à nouveau réunis pour toujours.



Ils s’en iront d’abord, nous laissant quelques temps,

Profiter ici-bas de nos derniers étés,

Ils s’en iront là bas, dans ce grand cœur battant,

Qui pulse toute vie depuis l’éternité.



Parmi nous, cependant, ils s’attardent un peu,

Dans la lumière dorée de leur joli jardin,

Leur amour nous réchauffe de ses paisibles feux,

Et remet à plus tard le deuil et le chagrin.



Avec eux nous parlons des souvenirs heureux,

Les rangeons, les plions, pour mieux les emporter,

Quand il faudra partir pour aller devant Dieu,

Tout ce que nous aimions déposer à ses pieds.

Errantes

Vagabondes du ciel, éparses, mal tressées,


Dans la nacre et le lait, traînant vos files grises,

Vos grands miroirs d’azur sur vos robes froissées,

Et vos chevelures, tourmentées par la bise,

Je vous suis d’un regard de mouette éblouie.

De la neige des monts et de la pluie du nord,

Vous charriez vers la mer les chatoyants trésors

Qui dans votre sillage, en roulant, s’évaporent,

Et jettent sur les prés des feux vite évanouis.

Le cirque des montagnes sous celui des nuées,

Tourne au grand vent bâtard, plein d’oiseaux et de cris,

Sous l’œil ouvert de Dieu, qui jamais ne s’endort,

Mon âme semble près de jaillir de son corps,

Pour embrasser le monde immense et circulaire.

Et le chemin s’en va, jusqu’à l’escalier d’or

Aux marches éboulées sur l’horizon jauni,

Où le soleil levé semble monter en chaire,

Pour bénir à foison tout ce qui croît et vit.

mardi 24 mai 2011

voûtes aériennes

Quand roule sur la plaine le vent comme un torrent


Et que sa voix terrible fait courir les nuages

Ici bas sur la terre, où je vais cheminant,

Revient dessous son aile une paix d’un autre âge.



L’humain tohu-bohu qui jamais ne s’endort

Ne me suit pas ici, où paissent ses cavales.

Sous les ogives bleues de son manteau sonore

Au monde exténué s’ouvre une cathédrale.



Une nef, un refuge où se rue la lumière

Qui passe en chatoyant aux vitraux des nuées,

Jetant de longs reflets fugaces sur la terre,

Sur les collines bleues dans l’azur prosternées.



Sous les voûtes du vent s’élève l’alouette,

Jetant son tintement aux rayons du matin,

Et sur le blé en herbe, éparses les mouettes,

Etirent en criant leurs longs filets marins.



Aux poteaux électriques, vibrantes et profondes,

Des orgues monotones chantent leur psalmodie.

Les chardons dans les prés secouent leurs têtes rondes,

Dont le carillon mat suit mes pas recueillis.



Tout alentour célèbre, le monde est en prière,

Et ton Nom dans mon cœur déplace le silence.

L’oiseau qui s’y repose est chaud comme naguère,

A l’aurore de ma vie, le soleil de l’enfance.